Un p’tit coup de paracétamol ? c’est ma tournée.

 

Efferalgan, Dafalgan, Doliprane, j’en passe et des meilleurs. La ‘’grippette’’ du Covid 19 nous a conduits tout droit dans les éprouvettes des Sanofi, UPSA, grands fabricants de la molécule de paracétamol, puisque les services de santé prônaient l’automédication. Bien sûr on n’a jamais attendu le virus pour s’octroyer quelques prises de paracétamol, seulement c’était avec parcimonie. Là, on nous y encourageait, alors à nous la liberté, au point que les ventes du médicament ont augmenté de presque 50 % et qu’il vient à manquer dans certaines pharmacies. Il est même le principe actif le plus vendu en France (selon l’Agence nationale de sécurité du médicament).

La prise de paracétamol s’est, avec la pandémie, banalisée au point parfois de risquer des surconsommations causant de graves inflammations du foie. Peut-être pense-t-on que cet antalgique n’est pas vraiment un médicament, qu’il serait plutôt une sorte de « pré-remède » que l’on prend pour éviter d’aller consulter un médecin ?

Le paracétamol est devenu le médicament de ceux qui sont en bonne santé. Normalement, la nécessité de se soigner par un traitement rend la maladie tangible. Au contraire, ce médicament a plutôt tendance à esquiver cette prise de conscience. ‘’Une douleur qui passe avec un petit coup de paracétamol n’est pas si grave’’, est une réflexion qui nous vient naturellement à l’esprit.

La molécule de paracétamol possède des propriétés antalgiques (contre les douleurs) et antipyrétiques (contre la fièvre). Exception faite des personnes souffrant de problèmes de foie (insuffisance hépato-cellulaire, alcoolisme), il est peu contre-indiqué et jouit d’une image rassurante auprès du public. Celui qui n’a besoin que d’un peu de paracétamol pour aller mieux ne se considère pas comme étant vraiment malade. Il est simplement « patraque » et n’a pas à se confronter à la froideur d’un diagnostic. Il peut continuer sa vie sans trop d’inquiétude. Ainsi le paracétamol apparaît comme un médicament « test » : celui que l’on prend avant de prendre réellement les choses au sérieux – un « pré-médicament ».

La liberté de l’automédication.

Une prise de paracétamol est garante d’une forme d’indépendance et d’autonomie face à la douleur. C’est, selon Susan Reynolds Whyte, (Professeur de pharmacologique, DK) l’un des pouvoirs de certains produits pharmaceutiques. « Ils brisent l’hégémonie des professionnels et permettent aux patients de s’aider eux-mêmes. » Là où, à l’inverse, l’acte chirurgical renvoie immédiatement au domaine « ésotérique et professionnel » de la médecine spécialisée, le paracétamol apparaît comme « démocratique et exotérique » : à la portée de tous. C’est la raison pour laquelle il fait partie de ces « médicaments dotés d’un pouvoir libérateur, permettant aux gens de s’émanciper des brefs assauts de leur propre corps, des petites déconvenues et du mal-être localisé, pour poursuivre tranquillement leurs activités.

Comme tout médicament, l’utilisation du paracétamol doit être judicieuse.

L’excès mène à des troubles graves (hépatites). De plus, en tant qu’antalgique le paracétamol change le rapport particulier que nous entretenons avec la douleur. Celle-ci n’est plus vécue comme une alerte, comme le signe d’autre chose, mais comme un dérangement, qui doit cesser le plus rapidement possible.

Vouloir ne jamais souffrir, n’est-ce pas là quelques fois un danger ?

DS