Ressasser, ruminer.

 

J’aurais pu… j’aurais dû… il fallait… Ressassements, inquiétudes, contrariétés… Les « ruminations mentales » apparaissent comme un nouveau mal contemporain, envahissant et épuisant. S’il prend de multiples formes, ce processus s’accroche à une seule et même émotion : la peur.
Avec le vieillissement nous aspirons à toujours plus de tranquillité, de quiétude aussi voyons-nous souvent le moindre problème comme insurmontable. Nous nous dévalorisons et cherchons à fuir ce qui nous est contraire. Tout prend plus d’ampleur et nos pensées se transforment en ruminations mentales.

« Et quoi ? songeait-il. Que fais-je au monde avec mes tourments et mes sophistiques ? Les oiseaux, les serpents, les moustiques même vivent de rayons et de chairs. Naître leur donne droit à la joie. Seul l’homme s’arrachant à son plein lot de pain et d’air se mésallie avec les concepts, bifurquent aux chimères, se gavent de cogitations. » Joseph Delteil ; La Fayette.

Qui n’a pas de pensées qui tournent en rond dans sa tête ? Elles sont là, obsédantes devant nos yeux. On ne voit qu’elles parce qu’elles sont circulaires, mais elles restent stériles et finissent par nous épuiser. Les ruminations nous trompent. Elles annihilent notre réflexion, notre intelligence en nous faisant croire que nous réfléchissons. Ressasser nous amène à penser que nous sommes dans le réel, le réel de nos soucis, alors qu’on est dans le virtuel, le virtuel de nos craintes, de nos regrets.
Le piège est efficace parce qu’il se base sur l’habitude. La triste habitude mentale prise depuis des années de ressasser à l’infini nos problèmes. Parfois c’est parce que l’émotion de peur, de tristesse, de honte, est très forte. La rumination signe alors une pensée prisonnière de ses émotions douloureuses, intenses. Parfois encore on rumine parce qu’on est impuissant à agir et que la rumination remplace l’action. On rumine parce qu’on n’a pas admis que pour le moment il n’y a pas de solution immédiate à ce qui nous tourmente. La méditation est souvent une solution à la rumination. Bien sûr la méditation demande un apprentissage alors que faire quand on est néophyte ? Simplement repérer le moment où l’on commence à ruminer et ceci est primordiale. Puis trois questions doivent se poser à nous.
Depuis que je ressasse quelque chose,
– Ai-je l’impression d’avoir progresser dans la solution de mon problème ?
– Ai-je l’impression d’y voir plus clair ?
– Est-ce que je me sens soulagé quand j’y pense ?
Si la réponse est non à ces trois questions, c’est que je ne suis pas en train de réfléchir mais de ruminer.
10 minutes de marche rapide interrompront inéluctablement nos pensées circulaires.
Mais le plus efficace est d’en parler à quelqu’un de confiance, on se sent moins seul et bien souvent une solution nous est proposée. Briser la solitude dans l’adversité est déjà une organisation devant les problèmes, cela nous rassure et nous aide à les solutionner.
Les seules ruminations que nous devons tolérer ce sont les ruminations positives comme repasser en boucle les bons moments de la journée ou de la semaine, c’est ce que faisait Jean-Jacques Rousseau.
« Sans cesse occupé de mon bonheur passé, je le rappelle et le rumine, pour ainsi dire, au point d’en jouir derechef quand je veux. »

Essayons donc de faire de notre mieux pour bannir de cette année 2020, les ruminations mentales.
DS