’Discours de la méthode’’ , un travail de confinement.

Cela fait déjà deux mois que nous voyons « Restez chez vous ! » inscrit sur le petit écran en haut à droite. Sans doute est-ce ce mot d’ordre qui demeurera le symbole de cette période étrange imposée par la pandémie. C’est l’inversion brutale d’un mode de vie qui, depuis plus de soixante ans, privilégiait un tropisme inverse de sortie, géographique avec le tourisme, économique avec la mondialisation, politique avec l’Europe. Le coronavirus rapatrie tout le monde à la maison. Dans la figure d’un « confinement » planétaire – ou presque. Nous voilà ainsi tous rendus à nos chambres…Durant cette période, beaucoup de têtes, le nez écrasé contre la vitre, le regard traversant la façade de l’immeuble d’en face pour aller se perdre dans les rêves lointains, sont devenues pensantes. C’est confiné que Descartes a conçu sa conversion à la philosophie, à l’hiver 1619, et qui est à l’origine du ‘’Discours de la méthode’’ monument d’élégance et de clarté. L’opus raconte l’itinéraire d’un penseur qui, partant à la recherche de la vérité, va révolutionner au XVIIe siècle la manière de penser le monde et de s’y inscrire. Alors dans ce moment de vie suspendu par le virus, où chacun est libre, pourquoi ne pas s’essayer à penser à soi, le ‘’Discours’’ offre un miroir. Certes il n’est pas question de rejoindre le maître, qui le pourrait aujourd’hui ? Descartes donne au confinement une signification philosophique : celle de la garantie d’une pensée neutre, préservée des influences du dehors et capable ainsi de fonder des vérités nouvelles.
Je reconnais que l’exercice est difficile, la télé polluant les temps de méditation, fait que contrairement à ce que j’avance au début, les nez sont plus collés au petit écran que sur la vitre de la fenêtre. Mais si nous prenions tout de même le temps de réfléchir et d’analyser tout ce qui nous vient de cette fameuse boîte à image, puisqu’elle est pratiquement ouverte en permanence. Il suffirait de mettre en place l’un des remparts protecteurs parmi les quatre règles énoncées dans la ‘’le discours de la méthode’’, à savoir « la Règle d’évidence qui consiste à écarter tout ce qui est de l’ordre du vraisemblable, du probable pour ne conserver que le certain ». Nous sommes en effet exposés aujourd’hui à une véritable épidémie du faux redoublant la pandémie avec cette infinité d’infox faisant état de traitements miracles, de professeurs gourous, de toutes sortes de rumeurs sur l’origine du virus etc. Avec une réflexion bien posée nous sommes tous capables de distinguer le vrai du faux. L’intelligence occupe l’esprit de chacun d’entre nous, il nous faut simplement la dompter comme domptent leur monture les cavaliers au moyen des guides. Combien de pièges éviterions-nous alors ? car une fois pris par une de ces arnaques, nous analysons la tentation à laquelle nous avons cédé et l’évidence devient aveuglante.
Toute vie philosophique ne prend pas modèle sur le confinement cartésien. Et nos vies au temps du virus ne nous transforment pas en philosophes ou métaphysiciens – n’est pas Descartes qui veut. Cependant, dans cet épisode pandémique, avec cette coupure, il y a plus de probabilité à se laisser aller à la rumination ou à la déprime. Le confinement pourrait être une opportunité de liberté d’esprit malheureusement celle-ci est confisquée le plus souvent par les écrans. Est-ce que transposé à notre époque, les médias auraient confisqué une partie de l’intellectualité de Descartes ? Surtout ne voyez en cette question rhétorique qu’une bonne raison de nous laisser aller au plus facile.
DS