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Et une canicule, une,

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En ces temps de canicule, dès sept heures du matin je sais déjà que la journée sera infernale.

Certaines personnes possèdent un don pour prédire les catastrophes. Les anciens lisaient l’avenir dans les entrailles des oiseaux, nous, moi, il me suffit d’ouvrir un œil pour déduire que la lumière qui filtre à travers les persiennes me promet une journée digne du plus petit cercle des enfers de Dante.

Depuis plusieurs semaines c’est la valse des degrés Celsius. Tout le schéma de la journée qui commence défile alors dans ma tête. Inutile de consulter les prévisions de la télé parce que les génies de la météo nous annonceront c’est certain, que des nouveaux records de chaleur tomberont ce jour ; puis ce sera le tour des toubibs, ces Diafoirus de la santé qui squattent tous les studios TV afin d’être les premiers à nous asséner des vérités que tout le monde connaît depuis la nuit des temps comme se protéger du soleil, rester chez soi le plus possible, boire de l’eau… Bref, chaque été, ils redécouvrent avec un enthousiasme scientifique que le soleil chauffe. Ce qu’on sait moins c’est qu’aujourd’hui les études de médecine conduisent beaucoup de carabins à choisir une spécialité nouvelle celle de « Blablater à la Télé », c’est tellement plus confortable que de s’établir à Ressouche en Lozère. Dans leur catégorie ils sont l’équivalent des quarterons de généraux ventrus venus de nos armées pour nous dire à travers le petit écran pourquoi il y aura la guerre, comment on la fera et surtout comment on se fera bouffer le foie. Tout ça sous le regard attentif d’une ministre des armées branlant du chef afin de ne pas faire voire à la nation qu’elle y pige quedal. Cette digression passée, je reviens à mon idée première, la canicule.

Oui, dès le matin c’est le stress. Comment vais-je passer la journée ? celle d’hier a laissé des traces ; œil glauque, chevilles enflées, nonchalance bref les symptômes d’une personne qui a trainé son mal-être jusqu’au bout de la nuit et qui est certaine que son avenir immédiat se jouera dans l’obscurité et la torpeur. Alors commence ma vie clandestine. Les volets restent obstinément fermés comme si une catastrophe était annoncée. L’appartement plonge dans une pénombre monacale où l’on finit par ne plus savoir s’il est dix heures du matin ou neuf heures du soir.

« Putain ! va encore faire beau aujourd’hui » est ma première phrase qui annonce le malheur à mon entourage. « Je plains ceux qui vont bosser en usine, sans clim, c’est le bagne. » « Ben oui, y-a plus malheureux que nous ! »

Alors je guigne, je guigne le moindre petit nuage à l’horizon qui donnerait l’espoir d’une métamorphose en gros cumulus même cumulo-nimbus, ceux qui amènent les pluies divines avec la fraicheur en supplément. Mais non, rien. Rien de rien, pas la moindre fumerole. Comme ma sœur Anne je ne vois rien venir. Si, je vois les degrés s’accumuler. La torture va recommencer. Elle est déjà en route. Le tortionnaire planqué quelque part se marre déjà. Il ne me reste plus qu’à me caler dans un coin de l’appartement comme si j’allais être catapulté vers le cratère de l’Etna. Bien sûr tous les ventilos sont à fond la caisse, oscillant et m’aspergeant par intermittence de leur souffle lourd et tiède et déjà fatigué de me lécher un peu le visage. Et puis, moins on en fait, plus on s’ankylose au point de ne plus vouloir même faire deux trois emplettes au supermarché du coin qui pourtant est climatisé. La simple idée de parcourir les cinquante mètres qui séparent mon immeuble de ma voiture m’encourage à remettre ma fuite aux calendes grecques. Bien sûr je pourrais tout de même jeter un œil sur la chaîne météo mais attendre les prévisions c’est comme aller chercher les résultats de son examen quand on sait qu’on a tout foiré. Mais bon, il y a toujours la lueur du miracle.

Alors je me prends à rêver. A rêver aux dernières glaciations. Celles qui congèlent l’haleine en une fraction de seconde, celle qui interdit de faire pipi dehors sous peine de…

Mourir de froid, quel bonheur en ces temps de canicule.

DS