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L’individualisme nous gagne.

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État providence, réseaux sociaux, progrès mis à la disposition des populations pour améliorer leur bien-être n’ont peut-être pas les effets escomptés et semblent même déstructurer les mœurs et cultures de nos sociétés. Ils isolent plus qu’ils ne rassemblent les individus. Laisser penser qu’un tweet crée une notoriété, puisque vu par des milliers de personnes, amène régulièrement leur auteur à une espèce d’état narcissique qui conduit à l’oublie des communautés qui l’entourent. L’égocentrisme prend le dessus, on existe que pour soi. On s’isole au milieu de milliers d’individus invisibles. ‘’L’État me doit, je n’ai pas d’efforts à produire puisque je suis important’’.

Prenons le cas des inégalités. Certes elles sont toujours aussi présentes depuis que le monde est monde mais ce qui a changé ce n’est pas l’ampleur de ces inégalités c’est la nature de leur expérience. Elles ne sont plus ressenties de la même façon. Autrefois, elles s’inscrivaient dans des cadres collectifs assez clairs : classes sociales, genre, statut professionnel. Selon François DUBET sociologue- « La France a longtemps été une société nationale industrielle. Les ouvriers ont représenté jusqu’à 40% de la population active. Les inégalités étaient alors perçues selon la classe sociale à laquelle chacun appartenait. Il y avait les ouvriers, les classes moyennes, les propriétaires, les paysans, les bourgeois… On appartenait à un groupe (“les ouvriers”, “les femmes”) et l’injustice était perçue comme touchant ce groupe dans son ensemble. Le mépris, même s’il était réel, était en quelque sorte “normalisé” par la structure sociale : il faisait partie de l’ordre du monde tel qu’il était compris. »

Aujourd’hui, selon cette analyse, l’expérience est plus individualisée. Les grandes appartenances collectives existent toujours, mais elles sont moins structurantes ou moins évidentes dans le vécu quotidien. Les syndicats n’ont jamais eu aussi peu d’adhérents. À la place, chacun se pense comme une combinaison unique de caractéristiques (niveau d’études, identité de genre, origine culturelle, lieu de vie, etc.). Résultat : lorsqu’une inégalité est ressentie, elle est vécue comme une atteinte personnelle, presque singulière — “c’est moi qu’on traite injustement”, et non plus seulement “nous, en tant que groupe”.

De ces constats on peut avancer qu’il y a une intensification du ressenti dans une injustice vécue individuellement car elle touche directement l’estime de soi. Si on n’apporte pas une solution à mon problème personnel c’est qu’on ne s’intéresse pas à moi on me rejette de la société. Ainsi, je suis malheureux.

Les revendications sont plus fragmentées. La multiplication de revendications génère une incompréhension de la part des populations et bien souvent la grogne (LGBTQIA+). Elles sont contreproductives.

Bien entendu je peux aussi nuancer mon propos. D’un côté, les expériences collectives n’ont pas disparu (les mouvements sociaux ou féministes en témoignent) de l’autre, l’individualisation peut être vue comme un progrès : elle permet de reconnaître des formes d’inégalités autrefois invisibles ou ignorées à l’intérieur même des groupes.

En résumé, cette pensée décrit un passage d’une injustice “structurelle et partagée” à une injustice “personnelle et vécue”, ce qui transforme profondément les émotions, les discours et les formes de mobilisation autour des inégalités. Bien évidemment cet état de fait a des conséquences dont une que je déplore et qui est l’absence de gaité des populations. Le plus souvent les personnes qu’on croise manquent d’enthousiasme et d’allant. Peut-être faudrait-il pour évaluer une nation, oublier le PIB et prendre en considération le bonheur des populations.

DS