
Le ciel nous fera-t-il la grâce de nous offrir un vrai printemps ? Non pas de ceux qui nous désolent depuis plusieurs années et qui ne sont que des prémices de canicule, mais de ceux qui fleurissaient jadis nos jeunes années. Les vingt et un coup de mars n’avaient pas encore retenti que déjà le lever de rideau sur la grande scène de la nature nous avait transporté dans la féérie des pastels et des gammes. Nos printemps étaient le prélude à la vie nouvelle, à la quiétude, à la promesse des fleurs. Les ombres raccourcies rajoutaient à notre insouciante ivresse. Savions-nous que d’autres types de printemps s’offriraient un jour à nous ? Non. La nature était immuable, parce qu’écrite quelque part dans le cosmos. Du printemps, on pouvait en user, en abuser, voire en mésuser. On ne savait pas. Ce qu’on sait aujourd’hui c’est que, par la force des choses, les printemps peuvent s’user. Alors on va peut-être me dire que je me complais dans le passé. Oui j’aime le passé, il est tellement plus reposant que le présent et tellement plus certain que le futur. Cette année 2026 le printemps semble vouloir nous faire la promesse d’une nature moins calamiteuse, mais il est éphémère et commence déjà à effacer ses taches jaunes de primevères et à faire courber les tulipes. Le printemps nous offre malgré toutes les vicissitudes du quotidien, des moments de poésie qui nous apaisent et nous font apparaitre les conflits qui nous entourent, plus lointains.
En se succédant, mille morts ont construit notre passé et métamorphosé nos corps. Si nos jeunes printemps se sont enfuis, ils l’ont fait sans altérer nos souvenirs ni même ceux enfouis au plus profond de notre mémoire et chaque année, malgré nos âges respectifs, une petite cure de jouvence nous est offerte. La ronde des saisons commence, et pour assister au spectacle point n’est besoin de billetterie. Un siège donnant sur grand théâtre est à portée de tous et tout de suite une sensation de fraîcheur et de promesse nous envahit. On ne peut que réveiller Ronsard qui en nous, sommeil toujours ;
« Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil… »
Après tout, pourquoi pas ?
