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Edito

L’inconscience du bonheur

 

 

Le bien existerait-il sans le mal ? non

Le jour existerait-il sans la nuit ? non

Le chaud existerait-il sans le froid ? non

Le bonheur existerait-il sans le malheur ? non

On ne peut juger que ce qui est comparable et qui s’intègre dans une thèse et une antithèse. Le bonheur est un sentiment qui n’est éprouvé que par une personne à la fois même si celle-ci est noyée dans une foule en liesse. Qui peut ressentir ce que je sens ? qui peut m’apprendre à ressentir ce qui me touche ? le bonheur n’a qu’une réalité subjective et c’est en comparant nos différents états que nous pouvons établir nous-même notre propre échelle des valeurs de bien-être.

Pour cela il nous faut être passé par tous les états pour nous savoir heureux ou pas. Pour Leibniz, « Qui n’a pas goûté les choses amères n’a pas mérité les douces, et même ne l’appréciera pas. C’est la loi même de la joie que le plaisir ne soit pas uniforme, car il enfante le dégoût, nous rend inertes et non joyeux. » Dans ce sens, la pauvreté risque d’ouvrir plus de champs de bonheur que la richesse et inversement la richesse peut générer des champs de regrets.

Ce n’est pas tout, si le bonheur ne peut être donné déjà fait, qu’il doit se conquérir, se chercher, se trouver, faut-il encore savoir le découvrir en soi. Un bonheur passé est malheureux pour celui qui le réalise avec retard. ‘’J’étais heureux et ne le savais pas ‘’ le temps est passé et le présent devient nostalgique. C’est au moment où ils nous échappent que nous ressentons de la manière la plus tragique le bonheur qui nous habitait, (jeunesse, santé, insouciance, etc.). Il nous faut attendre d’en être privé pour nous apercevoir, de manière rétrospective, toute la valeur qu’il revêtait en nous. Mais il est trop tard. « J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en s’en allant. » nous dit Prévert. Vous voulez de grandes bouffées de bonheur ? il est encore temps, soyez des contemplatifs. Quand je retourne chez moi en Cerdagne au mois de juin, que je marche en montagne jusqu’à atteindre les versants dorés de fleurs de genêts, je m’assoie une heure ou deux et me laisse recouvrir par les vagues de parfum sucré ou encore si que j’assiste à un coucher de soleil. Alors je me dis, ‘’Mon vieux, quel bonheur tu es en train de vivre. Y a-t-il en ce moment sur terre quelqu’un de plus heureux que toi ? ‘’ Je vis intensément ma vie, mon bonheur, celui que je ne peux hélas pas partager.

L’important est de se poser la question de savoir si ce qu’on vit est un moment de bonheur.

DS

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