Des myriades d’étincelles blanches et jaunes semblent s’épuiser à vouloir combler ce volume vide et noir qui crée la nuit. Voilà ce que j’observe depuis ma chaise longue installée dehors par cette nuit d’été à 2000 m d’altitude. La voute céleste est au-dessus de moi, tout là-haut, bien distincte. C’est magnifique, fascinant mais angoissant. Angoissant de l’inconnu, du noir, du froid, de l’immensité. Angoissant de s’y retrouver seul, perdu, errant, d’y découvrir des lumières noires, des abysses éternelles. Mes pensées se perdent dans le noir. Qui comprend les univers ? pour ma part, personne. Les scientifiques ont beau avoir créé un costume mathématique sur mesure qui revêt les phénomènes stellaires, je reste persuadé qu’ils sont à des années lumières de la vérité quant à la signification des phénomènes. C’est un peu le sketch de Fernand Raynaud (que ne connaissent que ceux qui ont de la route) qui raconte l’histoire du costume mal taillé et qui finit par aller parfaitement au client parce que le tailleur lui demande de se déplacer en levant une épaule, en baissant l’autre, en se courbant en avant, en sautant à cloche pied, etc. Mais mon propos n’est pas ici de polémiquer avec la communautés des astronomes, j’en serais parfaitement incapable. Non, seule une question m’est venue en contemplant le grand spectacle.
Depuis que la science a tué Dieu, à quoi servirait l’univers si aucun être vivant n’existait pour le penser ? Réfléchissons un peu ;
L’univers existerait quand même ? Les lois de la physique, les galaxies, les atomes poursuivraient leur existence indépendamment de toute conscience pour les observer ? Connaitrait-on quelque chose de plus stupide ? Cela poserait une question de sens : exister sans être pensé, est-ce encore exister au sens humain du terme ? C’est ce qu’on appelle parfois le problème de l’observateur.
Les philosophes idéalistes comme Berkeley disent : « Être, c’est être perçu. » Sans conscience pour le penser, l’univers n’aurait aucune valeur, aucun sens, il serait un pur néant pour nous.
À l’inverse, les réalistes disent : l’univers n’a pas besoin de nous pour exister. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas pensé qu’il disparaît. Mais dans ce cas, il n’a aucune finalité, aucune justification. Car au fond, qu’est-ce qu’un univers sans témoin ? Des milliards de soleils qui brillent pour personne. Des planètes qui tournent sans spectateurs. Des comètes qui filent dans l’indifférence absolue. Si tout ça n’est qu’un théâtre sans spectateurs, pourquoi ces décors ? Pourquoi ce déploiement de matière, d’énergie, de phénomènes complexes, s’il n’y a pas un esprit quelque part pour s’en émerveiller ou, au moins, s’en inquiéter ?
La conscience, qu’elle soit humaine ou autre, serait alors comme la petite étincelle qui donne soudain un sens à l’ensemble. Penser l’univers, c’est lui accorder une sorte de seconde existence, une existence avec valeur.
Dès qu’une conscience apparaît, même microscopique, même perdue dans l’immensité, l’univers devient un lieu, un mystère à explorer, une question sans réponse, et c’est peut-être ça, au fond, le vrai but de notre existence : donner au monde un témoin, un regard, une interrogation. Evidemment le débat serait vite clos si la science ressuscitait Dieu.
Je n’aurais pas dû verser dans l’agnosticisme, je serais aujourd’hui plus zen et moins fatigué.