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Curiosité

IA, futur objet de nos ressentiments ?

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L’IA à toutes les sauces, à toutes les déclinaisons. Sommes-nous déjà condamnés à être les zombis qu’on nous décrits depuis un certain temps ? Les réponses diverses et variées n’apportent pas un éclairage capable non pas de lever mais d’atténuer le doute qui nous habite et nous rend soit optimiste soit pessimiste quant à notre avenir. Bien entendu les métiers sont une préoccupation première. Les manuels risqueront moins que les intellectuels. Rien n’est moins sûr.

Les inconditionnels de l’IA argumentent souvent avec l’apparition de la photographie. Cette dernière dont la date conventionnelle d’invention remonte au 7 janvier 1839, n’a pas pour autant fait disparaitre les peintres et portraitistes. Photographie et peinture sont aujourd’hui deux arts bien distincts qui ne se chevauchent pas. Ici est l’argument massif des ‘’pro IA’’. Seulement voilà, j’ai découvert dans le Nouvel Obs, un essai qui m’a donné matière à réflexion.

Il ‘s’agit d’un défi, ressemblant étrangement au défi, Deeper Blue/ Kasparov en 1997. L’ordinateur contre le cerveau humain, et comme disait Voltaire, « Que croyez-vous qu’il arriva ? ». Deeper Blue gagna le Russe.

Ici un journaliste Benoît Raphaël, (spécialisé dans l’IA et l’industrie des médias) a lancé un défi au prix Goncourt Le Tellier.

Pour le lecteur qui n’aime pas s’attarder sur les articles, je la ‘’fais courte’’ et voici ma conclusion. Pour les autres, je décris le déroulement un peu plus loin.

Sans hésitations mon choix est allé vers le texte écrit par l’IA, n’en déplaise au lauréat du Goncourt. Passablement d’avis ont aussi opté comme moi, pour l’IA. A noter la première réaction de Le Tellier lisant l’histoire de son adversaire électronique « Ah ! la vache ! ». Surprise totale, l’arroseur arrosé. Les professionnels de la littérature se sont efforcés de minimiser la défaite en arguant « que le Goncourt n’avait pas pris le défi au sérieux », « qu’eux-même en tant qu’éditeur ils n’auraient jamais publier un ce texte (qui pourtant me parait valoir à tous points de vue, le style d’Annie Ernaux, prix Nobel de littérature.). Bref une réelle mauvaise foi pour dévaloriser la performance de l’IA.

Le résultat de ce défi interpelle et donne le frisson. Oui l’IA, si elle est bien pilotée c’est-à-dire, si les prompts sont techniques, judicieusement conduits par littéraire, elle peut aujourd’hui sans doute se mesurer à beaucoup d’écrivains contemporains, (J’entends par là, écrivains moyens comme Amélie Nothomb). Maintenant, Proust, Chateaubriand, Ronsard et consort pourront-ils être mis en compétition avec l’IA ? Allez savoir. On ne sait pas où plafonnera la puissance de ces neurones électroniques. Personnellement je ne souhaite pas que les belles écritures et belles lettres soient rattrapées par une intruse qui s’émancipe du monde organique. Que nous restera-t-il dans la réflexion ? Serons-nous devenus des zombis ?

*A noter qu’un prompt, dans ce domaine de l’IA représente dans ce cas précis, toutes les caractéristiques que doit comporter l’histoire devant être créée. Plus on soumettra à l’IA des exigences, plus elle sera performante.

Structure du défi.

Il est demandé à l’IA ;

D’écrire une fiction policière de trois mille signes dont la première phrase serait : “Il aperçut dans son bureau le corps sans vie de l’écrivain” et la dernière : “‘Tout est pardonné’, pensa-t-elle avant de disparaître”.

Caractéristiques

  • Un grand miroir reflète un salon dans lequel est allongé le cadavre du propriétaire. Le fait étrange est que l’observateur présent dans le salon ne voit le cadavre que dans le miroir mais pas dans le salon réel où il se trouve. Surnaturel non ?

L’auteur du défi doit établir un prompt, c’est-à-dire donner toutes les caractéristiques que doit prendre en considération l’IA. Exemples ;

 <style>

  • – Structure: Quotidien bancal + portails vers le surréel + détails méticuleux
  • – Rythme: Phrases mesurées + digressions jazz + silences contemplatifs
  • – Point de vue: troisième personne détachée + observateur perméable
  • – Motif: Normal → Étrange → Parallèle → Retour altéré
  • – Tonalité: Mélancolie contemplative + inquiétante étrangeté + absurdité lucide
  • </style>
  • Le texte doit parler d’un homme qui découvre un cadavre dans un miroir, mais pas dans la réalité.
  • Contraintes imposées : – Première phrase : « {« Il aperçut dans son bureau le corps sans vie de l’écrivain. } » – Dernière phrase : « {« « Tout est pardonné », pensa-t-elle avant de disparaître. » } »
  • Attention la dernière phrase doit s’enchainer de manière cohérente (si elle « pense » c’est qu’on raconte l’histoire, à la fin, de son point de vue) non ?
  • Trouver un titre

 

Résultats. (les récits sont ici tronqués)

1/ « Il aperçut dans son bureau le corps sans vie de l’écrivain et soupira. Maître Paul Richemont était las : deux heures déjà que Manuel Louvière, alias John McCully, gisait sur le sol, visage sur le plancher. La police avait appelé le cabinet : l’enlèvement du corps avait été repoussé. Par trois fois, l’avocat avait dû enjamber son richissime et défunt client pour accéder à ses dossiers, tout en se demandant si « Il aperçut dans son bureau le corps sans vie de l’écrivain » n’était pas l’incipit d’un roman de McCully…

2/ « Il aperçut dans son bureau le corps sans vie de l’écrivain. Henri Marchand déposa sa tasse de café sur le rebord du bureau, là où s’accumulaient déjà trois marques circulaires de tasses précédentes. Pourtant, il était seul. L’écrivain mort n’existait que dans le miroir mural, celui que sa femme avait insisté pour accrocher « afin d’agrandir l’espace ». Le reflet montrait son bureau, identique en tout point, sauf pour ce corps affalé sur le parquet, un homme en costume gris, une flaque sombre s’étendant sous sa nuque…

1  Le Tellier

2  l’IA

Et vous ? quel est votre avis, malgré ces courts extraits ?

Nous sommes je pense, aux balbutiements de l’IA pour son implication dans la littérature, aussi on peut tout imaginer. Mais si son développement aboutissait à l’élaboration de textes valant, voire dépassant, ceux de nos grands auteurs, alors la créativité issue de nos méninges deviendrait chose obsolète et serait un obstacle à l’effort intellectuel qui, inévitablement et à la longue mènerait à une atrophie du cerveau humain. Retournerions-nous alors à la préhistoire ?

DS

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