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Edito

Revoilà nos fantômes

 

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On se remettait tranquillement de cette phase douloureuse de notre existence que le Covid-19 nous a infligé en 2019. Oui, on commençait à souffler, à accepter nos vies perturbées, et surtout à ne plus regarder derrière nous comme si le virus nous guettait à chaque coin de rue. Nous avons dû apprendre à refaire nos premiers pas dans une société bousculée, chamboulée. Les mots ne sont pas trop forts si on fait le compte de ce que nous avons modifié dans nos comportements, nos réflexions.

Oui, la pandémie de Covid-19 a plus profondément affecté les vies et les consciences que nous le croyons souvent. Les blessures de la peur, de la mort, de l’isolement ne sont pas tout à fait refermées, et nous sentons encore leurs pulsations.

Si on ne veut pas être totalement dérouté par la maladie, on peut dire qu’à chaque chose malheur est bon. Par exemple une transformation durable du rapport au travail, (visioconférence, travail hybride, déménagements hors des grandes villes, etc.) ou encore une accélération massive de la numérisation. La pandémie a accéléré en quelques mois des transitions qui auraient pris des années. (Commerce en ligne, télémédecine, administration numérique, paiement sans contact, enseignement à distance.) Je sais qu’on va me rétorquer, » Est-ce si bien que ça ? » Peut-être… Cependant que de points négatifs sont apparus, comme celui de la crise de confiance envers des institutions qui n’ont pas été à la hauteur. La gestion de la pandémie a profondément marqué la relation entre citoyens, gouvernements, scientifiques et médias. Mais surtout ce qui reste c’est la mémoire collective du confinement ; rues désertes, masques, attestations de déplacement, files d’attente espacées, écoles fermées, hôpitaux saturés.

La pandémie a aussi montré à quel point l’information circule vite et parfois de manière incontrôlée comme sur les réseaux sociaux. Des aspects négatifs qui ont suivi le Covis-19, on pourrait en écrire des pages.

En résumé, le COVID-19 n’a pas seulement été une crise sanitaire. Il a agi comme un accélérateur historique, révélant des fragilités déjà présentes et modifiant durablement, le travail, les relations sociales, la technologie, la confiance collective, etc…

Oui ! on commençait à respirer librement ; quand patatras ! en voilà un autre. L’apparition d’un mystérieux virus sur un vaisseau dérivant vers nos côtes a provoqué une brutale réminiscence. Et si nous devions à nouveau porter des masques, nous confiner, suivre tous les soirs le décompte des personnes atteintes ? Avec cette maladie, peut-être transmise par des rats, l’imaginaire de la peste rejoint celle du Covid. À la fois présent et absent, le hantavirus nous hante.

Je ne crois pas que la philosophie puisse vaincre nos peurs. Mais elle peut au moins tenter d’identifier nos hantises. C’est que ce fait Jacques Derrida lorsqu’il évoque, après la chute du communisme, les Spectres de Marx. À côté d’une ontologie bien claire et structurée qui dit ce qui est et ce qui n’est pas, le philosophe imagine une “hantologie”.  “Après la fin de l’histoire, écrit-il, l’esprit vient en revenant ‘’ IL entend par là que l’esprit devient lui-même fantôme.

Tout cela ne serait-il pas le signe que la vie d’une humanité trop nombreuse sur terre pourrait s’autoréguler tout comme s’autorégule la vie de certaines espèces de poissons qui meurent presque instantanément quand leur nombre devient excessif ? Cette réflexion n’est certainement pas une conclusion, mais au fond, elle n’est peut-être pas si utopique.

DS

 

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